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Rapport d’expédition : Dernier Cap Sud et Lacs aux Amphitères

Mis à jour : mars 8

Rapport d’expédition :

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Dernier Cap Sud et Lacs aux Amphitères


Points principaux :


- Capitale Rocheuse (Domaines des roches)

- 1. Assva (Gisswana, ville mineure)

- 2. Ravja (Gisswana, ville capitale)

- 3. Dernier Cap Sud (Gisswana)

- 4. Djavijiri (Territoires indépendants, relais de marchands côtiers)

- 5. Lacs aux Amphitères (Territoires indépendants)

- 6. Ruvshor (Territoires indépendants, relais de frontières avec Capitale Rocheuse)


Matériel :


- Rations d’eau purifiée et de nourriture asséchée

- 3 Set de vêtements

- Kit de réparation et de couture

- Abri moyen de milieux tempérés

- Matériel d’orientation

- Matériel de mesure de pH, d’humidité, d’altitude et d’activité organique

- Matériel de capture, de biopsie et d’autopsie de sujets moyens B

- Filtres à air

- Multiloupes à grossissement 10x, 40x et 100x

- Sifflets à charognards

- Fusil à caoutchouc


Etape 1 : départ et trajet vers Assva :


Départ de la Capitale Rocheuse, les vouivres continuent de nous jauger à chacun de nos passages, en particulier ceux de Nuiraldem, qui doit parfois souffler pour qu’on nous laisse passer dans les docks aériens. Ici, les murs subissent l’érosion de l’eau plus que n’importe où dans le Domaine des Roches, un problème bien réel qui pose de sérieux soucis dans la gestion et la sécurité des lieux. Certains messagers sont aux alvéoles de repos, dormants ou prêts au départ, message en patte, harnais en place et ce malgré l’eau qui tari les foyers et ralenti les départs.


Enfin le squad arborant nos couleurs apparaît dans un espace sur notre droite, battu par les vents et les chutes de neiges, évidemment. Chacun semble préoccupé par quelque chose : les rations, les cordages de transport, la météo (si bien qu’apparemment, nos deux dragons Quaer se disputent au sujet de l’heure du départ) ou les chutes de neige qui gênent les plus frileux (à savoir nos porteurs nordiques et moi). Nuiraldem me jette un regard, sans espoir et habitué des altercations d’avant-départ puis se dirige vers le groupe de Quaer pour les aviser de la météo plus bas dans les montagnes. Pour ma part, je rejoins le groupe des humains, enfilant des tenues multipliant les couches de tissus. Lorsqu’ils m’aperçoivent, je décèle un mélange de joie et de curiosité mais plus majoritairement de la désapprobation et de la moquerie. Après maintes discussions et compromis entre les différents membres, le départ est fixé en début de soirée, où la fraîcheur réduit les différences de températures et de pressions, diminuant ainsi les apparitions de vents changeants et traîtres.


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Le décollage se fait sans encombre, chacun à son poste et sans perte de bagages. Mes regards se font incessants sur notre matériel scientifique, si cher que plus d’un membre du Cercle Savant a grimacé lors de son arrivée. Les vouivres semblent pour la première fois (devant moi) franchement réjouies, probablement par notre départ toutefois. Ce sentiment serait presque partagé si je ne quittais pas ma chaleur bien-aimée.


Le trajet se déroule calmement au fil des jours qui se ressemblent tous. Nous nous arrêtons quotidiennement sur les pics que nous longeons pour rejoindre Assva. J’apprend au troisième jour que l’un des porteurs nordiques, celui chargé du matériel scientifique, a une tendance narcoleptique en raison d’insomnies fréquentes (dues au froid je suppose) et mon cœur manque plus d’une fois un battement lors de ses pertes d’altitudes ponctuées des rugissements consternés de Nuiraldem et des piaillements paniqués des hommes voyageant sur son dos.


Sans cela le trajet serait d’un ennui presque palpable. Sans doute mon cerveau souffre-t’il du manque de stimuli ; nous voyageons en dessus d’une mer de nuages et sommes constamment exposés à une lumière aveuglante (excepté de nuit bien entendu), au vent sifflant et à la monotonie du paysage, constitué de collines nuageuses à perte de vue et de quelques sommets couverts d’un blanc immaculé qui transpercent la mer, tel des récifs dangereux au loin. Je pense que c’est là la plus grande malédiction du climat juste au sud de la Capitale Rocheuse : une pluie incessante et au-dessus d’elle, une mer tout aussi illimitée et inchangée. Au moins, en dessous de la mer de nuage, il doit y avoir de quoi observer et rassasier mon cerveau affamé. Hélas…Il s’y trouve aussi une pression instable, rendant la navigation difficile, alors nous volons bien plus haut, habillés tel des inuits : des lunettes avec une fine fente pour éviter de perdre nos yeux face à la lumière (même les dragons en portent) et d’innombrables couches de vêtements qui nous font transpirer malgré les températures excessivement basses. Figurez-vous un état grippal, mais avec moins de nausées et encore plus d’ennui.


Nos seuls îlots de stimulations demeurent nos arrêts, occurrents le plus souvent deux fois par jour pour rationner les dragons, les laisser se reposer, nous dégourdir et satisfaire quelques besoins. Parfois nous apercevons des ongulés sur les pentes escarpées qui, pour ma part, me rappelle des chamois et pour Nuiraldem, absolument rien qu’il ne connaisse. Toutefois, il prend un certain plaisir à les pourchasser dans les montagnes, jusqu’à la limite de la pluie, que je lui soupçonne de redouter encore plus que la colère de sa mère. Il revient alors frustré, battant de la queue vivement et soulevant des volutes de neiges du sol. Bien que ces informations semblent futiles dans ce rapport, savoir que des créatures sont capables de distancer un dragon affamé et énervé est un paramètre non négligeable en vue de nouvelles expéditions vers le sud, en particulier concernant le rationnement (ce que mon partenaire m’a obligé à écrire alors qu’il revenait à nouveau bredouille).


J’écris ces lignes en tailleur entre ses omoplates alors qu’il grommèle encore sur le climat et que nous nous trouvons toujours au-dessus de cette maudite mer. Et puisque l’envie m’en prend (et que l’ennui me l’impose), je vais décrire les membres de notre expédition surprenante (ou du moins exposer le peu que j’en sais pour l’instant).


Je commencerai par nos deux messagers, jaune et mastic, dont je n’aperçois les museaux que lorsqu’ils sortent de leur sacoche (accrochée au flanc d’un des porteurs) en vue de se sustenter ou de se soulager. Leur devoir consiste principalement à dormir une majorité de l’année et voler à vive allure pour porter des messages le reste du temps, toutefois, nos deux spécimens me semblent très curieux, allant même parfois jusqu’à sortir la tête de leur sac quelques instants, observer l’horizon, puis retourner (eux) au chaud.


Ensuite vient nos deux porteurs nordiques : ils sont si semblables en couleurs (bronze strié de rouge) et en morphologie que je les soupçonne d’être jumeaux, bien que le moins somnolent des deux soit de taille plus modeste. Ils sont plutôt discrets et réservés, ne nous adressant que rarement la parole et dormant souvent ensembles. Mais je ne peux qu’admettre qu’ils offrent un travail de qualité en préservant nos chargements des éléments (excepté lors des crises de somnolence du plus grand, se nommant, il me semble, Djhav). Ils sont chacun affublé de deux passagers, tournant au fil des jours en fonction de l’énergie des porteurs.


Parmi mes semblables, il y a un naturaliste, spécialisé dans les tourbières, se prénommant Edward, un cartographe dont j’ignore le nom et qui nous quittera dès Ravja, deux natifs du Gisswana qui l’imiteront pour rejoindre leur famille et qui semblent bien mal à l’aise en altitude (en particulier lorsqu’ils se retrouvent sur Djhav) et enfin trois autres personnes, une femme et deux hommes, dont je ne sais pas le pourquoi du voyage avec nous et qui passent plus de temps sur le seul Quaer qui ne refuse pas de passagers que sur les deux nordiques, plus turbulents en vol. Je n’ai donc eu l’occasion de discuter qu’avec Edward, avec qui je partage, au moins, la passion du vivant.

Je ne sais pas vraiment quoi écrire sur nos deux guides Quaer, si ce n’est que l’un d’entre eux refuse d’accueillir des passagers et que je n’ai jamais rencontré d’autres dragons aussi bavards, bien que je ne comprenne pas un mot de leur patois, fortement accentué. Nous sommes donc 15 (si on ose compter les deux roupilleurs dans les sacoches).


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En ce début de matinée, les guides commencent à être optimistes : en ayant dépassé un des grands pics de la région, cela signifie que nous entrons dans le territoire du Gisswana et que, bientôt, de grandes forêts de pins des mers devraient s’étendre à perte de vue. D’après eux, elles ont tendance à capter l’humidité de l’air, à tel point que la formation de précipitations ne se fait qu’aux abords de la chaîne de montagnes que nous longeons, où il y a moins d’arbre et où l’air vient butter. Nous nous décalons donc dans notre trajectoire pour longer la côte est du Gisswana, plus sèche. Presque toute l’expédition (et en premier les nordiques) est ravie de pouvoir à nouveau voir le sol et naviguer plus bas, à l’exception des deux Gisswanins dont l’effet de vertige s’accentue sans l’illusion de sol qu’offre les nuages. N’ayant jamais expérimenté de vertiges dus à l’altitude, je ne peux qu’essayer de les rassurer et leur dire de ne pas regarder en bas quand le vent me permet de communiquer.


Pour la première fois depuis deux semaines, nous campons à une altitude où la neige ne persiste pas, voire même n’apparaît jamais. Les premiers jours en bords de mer (une vraie cette fois-ci) sont ponctués du malaise que ressent toute l’équipe en raison des changements de pressions et d’atmosphère. Les dragons sentent que l’air leur offre plus de résistance, car plus dense, mais les portent aussi mieux. Pour la première fois, j’entends Nuiraldem maudire le vent, venant de la mer à l’est et nous poussant vers l’ouest, je suppose que c’est un des principaux facteurs qui mène à la désertification de la côte est de cette partie du continent. Les humains, eux, souffrent plutôt des changements de températures brusques, lançant une fièvre générale peu bienvenue maintenant que nous naviguons dans des terres plus chaudes. Grace à des écorces de saules blancs (où une famille proche j’imagine) trouvés près d’un point d’eau où nous nous sommes arrêtés, nous arrivons à rétablir la santé de tous les passagers (malgré les réticences de trois membres dont j’ignore toujours le but du voyage).

Dans les forêts de pins apparaît enfin du gibier qui semble pouvoir se faire chasser, au moins par les deux Quaer, plus fins et agiles que Nuiraldem et les nordiques, beaucoup plus larges et peu adaptés à ce milieu. Pour la première fois depuis le début de l’expédition, nous pouvons donc manger de la viande cuite et pas sèche. Malheureusement elle s’avère plutôt fade et dure à mâcher. Edward émet l’hypothèse que cela provient de l’alimentation du gibier, probablement composée d’aiguilles de pins, d’herbes des dunes et d’écorce. Malgré cela, j’ai l’impression que tout le groupe peut enfin profiter d’une bonne dynamique, instaurée sûrement par l’idée que nous sommes sur la bonne voie, proche de notre première vraie escale et qu’enfin nous pouvons jouir d’un climat moins extrême. Cette nouvelle poussée d’espoir amène même une forme de bonne humeur passive qui semble gagner toute l’expédition, alors que nous semblions plutôt timides et réservés (j’écrirai même froids) dans les hauteurs glacées.


Lors d’un arrêt à quelques jours d’Assva, je peux enfin commencer une réelle discussion avec Edward et les deux Gisswanins qui, principalement, ne font qu’écouter :


- Nous arrivons bientôt à la ville mineure qui nous sert de premier relais et il va falloir se décharger de quelques-uns de nos bagages : l’un de nos porteurs ainsi qu’un Quaer vont nous fausser compagnie et nous ne pourrons pas tout transporter, même si on nous vend des Chargés sur place. Je continue avec mon compagnon plus tard jusqu’à Ravja, puis jusqu’au Dernier Cap avant de remonter à Djavijiri, comment vous organisez-vous ?


- Je reste une petite semaine dans Assva, j’y ai un ami qui m’attend et me loge. Bien que la ville se situe dans la falaise aride surplombant la mer, je ferais des allés et retours avec le delta qui se trouve au nord-ouest de celle-ci, il s’y trouve un marécage dont on n’a encore répertorié aucune espèce et qui m’intéresse tout particulièrement.


- Nous nous arrêtons aussi quelques temps, pour nous reposer en partie, et pour étudier l’endroit, ce qui revient à faire les bibliothèques pour Nuiraldem et pour moi documenter picturalement la région.


- Oh…Vous êtes des archivaires ? Je pensais que vous voyagiez juste pour le loisir ! Travaillez-vous pour un Cercle ? Et quel âge avez-vous en fait !?

Un sourire radieux illumine alors ses traits qui, jusque-là, restaient interdits et quelques peu désintéressés.


- Exact. Nous travaillons pour le Cercle Savant de Farerio, depuis déja un an maintenant. Concernant mon âge, c’est une information que je garde pour moi !


Avec un soupir, je me rends compte à l’instant du temps que nous avons déjà passé sur les «routes», loin d’où je viens naturellement.


- Je vois ! Excusez-moi de vous avoir demandé cela. Personnellement, je travaille en indépendant, même si je n’aime pas ce terme. Je préfère celui de passionné, car ce serait faux de supposer que je ne demande jamais d’aide. De plus je fais d’abord cela par passion, et pas par contrainte. Si vous avez besoin de données n’hésitez pas à faire appel à moi, ce sera avec plaisir !


- Il en sera de même pour nous, d’ailleurs je doute que nous ne passions vraiment tout notre temps à étudier à Assva, si vous avez besoin d’aide dans vos recherches et que nous pouvons vous la fournir, alors ce sera volontiers, ne serait-ce que pour dégourdir le tas d’écailles qui m’accompagne au lieu de le laisser s’enfouir sous une pile de livres poussiéreux.


J’écris ces lignes peu après la discussion et je suis obligée d’inscrire qu’à l’instant je fus renversée par un coup de patte moqueur dans l’épaule et qu’un petit grognement satisfait émana de mon ami avant qu’il ne s’en aille dormir un peu. Je me remis aussitôt sur mes genoux et poursuivit, l’air de rien :


- Enfin tout cela dépend de votre bon vouloir, bien sûr.


Il eut à l’instant un sourire léger, presque gêné par la situation.


- Je pense que ce ne sera pas nécessaire, toutefois s’il vous plaît de me suivre pour en apprendre plus sur les marécages alors je ne vous retiendrai pas, mais méfiez-vous ce ne sont pas des milieux très…hum…adaptés à votre condition, et les maladies pullulent.


- Je pense que je peux endurer cela, je vous accompagnerai donc pour vous aider, quoique vous en disiez ! Et aussi pour relever de nouvelles données, qui sait ? Peut-être qu’il y aura des espèces qui serviront nos futures études, des espèces à notre dimension j’entends.


- Bien, j’espère que vous trouverez votre bonheur alors et merci pour le coup de main! C’est très courtois de votre par..hum..je ne sais si je dois vous appeler Mademoiselle ou Madame.


- MADEMOISELLE ! Oh pitié je ne suis pas encore mariée, ça se voit non ?


Je pense que, sur l’instant, je paru plus choquée que je ne l’étais vraiment car Edward se confondit immédiatement en excuses alors que je me mis à rire. La discussion dériva ensuite sur les sujets concernant le présent de l’expédition : les rations de nourriture, le temps restant jusqu’à Assva etc.


Maintenant presque tout le monde dort et je ne trouve pas le sommeil, comme à mon habitude, alors j’écris pendant que Nuiraldem prend son tour de garde, comme à son habitude, lui aussi. Je pense qu’aucun de nous deux ne trouvera vraiment le sommeil cette nuit, inutile de demander pourquoi je ne saurai le justifier, ça se sent, c’est tout. Il décide donc de venir près du feu me parler de comment je vais, comment il va, à quel point il est « heureux » de retrouver un climat plus chaud. Heureux que je met entre guillemets car il dit cela avec une impassibilité surprenante, presque mélancolique. J’approuve aussi. Notre discussion fini par se faire mentalement, comme ça arrive de plus en plus souvent et lorsqu’elle commence à devenir sans queue ni tête, nous nous endormons d’un sommeil lourd de fatigue sans même nous souhaiter « bonne nuit ». J’ai eu tort, nous avons dormi.


Ce matin, je n’ai aucune idée d’à quel point j’ai partagé mes rêves avec mon partenaire, je sais juste qu’une bonne majorité concernait des morceaux de viandes démesurés et dégoulinant de gras, ce qui me répugne et m’amuse à la fois. Nuiraldem semble, lui, très satisfait de sa nuit (bien qu’affamé) et propose même à un porteur de le soulager de quelques chargements pour aujourd’hui. Nous devrions atteindre la Ville des Falaises Salées, Assva, dans cinq jours, et je peine à dissimuler mon impatience, ce qui agace celui qui doit, malgré lui, subir une partie de mes pensées vagabondes.


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Nous arrivons enfin à Assva et après trois semaines de voyage intensif, tout le monde se réjouit, dragons comme humains. Nous avons dépassé durant les deux derniers jours d’immenses falaises de craies d’un blanc si pur qu’on aurait pu les confondre avec des nuages. J’ai proposé à mon partenaire de s’en rapprocher juste avant qu’une nuée d’oiseaux, nidifiant sans-doute dans les environs, ne s’abattent sur nous, visiblement très contrariés par notre présence et pas le moins du monde intimidés. Dans la cacophonie et le chaos, je ne me suis pas embarrassée d’observations scientifiques mais maintenant je suppose qu’il s’agissait de Fou de Bassan.


Nous nous trouvons donc, à présent, à Assva, ou plutôt à ses portes (si on peut parler de portes). Nous venons d’arriver sur une place qui sert de zone de décollage et d’atterrissage aux arrivants. D’ici la ville ne se résume qu’à quelques cases de terre ainsi qu’un haut phare, blanc, probablement construit dans la même craie que celle des falaises que nous avons dépassées. Le phare ne sert absolument pas à alerter les navigateurs marins, il est beaucoup trop haut et ne possède pas de foyer, mais simplement à prédire la météo suivant les vents et courants j’imagine. Je crois d’abord qu’on nous a mal informé ou mal guidé et que nous nous trouvons dans un village côtier de pécheurs, mais Assva ne se nomme pas la Ville des Falaises Salées pour rien :


les Gisswanins m’expliquent qu’en fait, la ville ne se situe pas sur mais dans la falaise, en dessous de nous. Je comprends alors que les trous creusés dans la roche que j’ai pris pour de l’érosion en arrivant doivent être en fait des habitations et les impuretés des incrustations décoratives. À présent que je peux observer les alentours, je me rends compte aussi qu’en dessous de nous, se trouve une falaise de Granit blanc et non de craie comme dans le reste de la région, ce qui la rend plus résistante à l’érosion par les éléments. En tant que chef de mon groupe (à savoir Nuiraldem et moi pour l’instant), je me dois de nous présenter et demander le droit de pénétrer la « vraie » ville. Edward décide immédiatement de m’accompagner, justifiant qu’avec l’âge que je fais paraître, il sera difficile d’être prise au sérieux.

Un homme vient immédiatement à notre rencontre, visiblement essoufflé malgré un physique athlétique et un âge que j’estime entre 30 et 35 ans. En voyant sa peau tannée de quelqu’un qui passe le plus clair de son temps au soleil, j’imagine qu’il doit être pécheur. Avant même d’engager la conversation, il serre vivement la main d’Edward avec enthousiasme en s’exclamant :


- Bienvenue archivaires !


Edward émet un sourire de convenance, gêné et me regarde par-dessus son épaule droite. J’attire l’attention de notre hôte sur moi en lui faisant un petit signe de la main.


- Merci de votre accueille mais vous vous méprenez sur la personne, je suis documentrice et voici mon collègue.


Je pointe Nuiraldem poliment qui approche alors que l’homme reste interdit, le silence s’installant pesamment. Je décide d'y couper court avant de subir des excuses inutiles et viens lui serrer la main:


- Nous avons beaucoup voyagé pour arriver ici et je crois que tout le monde ne rêve que de repos et de restauration. Je vous demande donc le droit de séjourner ici, au nom du Cercle Savant, et ce pour tous mes compagnons de vol.


- Je hum…Oui bien sûr, excusez-moi, pardon c’est que vous n’êtes pas… (j’attends la fin de sa phrase avec curiosité alors que je lui adresse un sourire) exactement ce à quoi je m’attendais en fait. Bien évidemment vous êtes les bienvenus. Je crois que l’un d’entre vous a déjà un logement avec l’un des nôtres aussi je vais vous l’envoyer. Concernant les autres, je vais vous présenter vos appartements, suivez-moi s’il vous plaît.


Un grognement sourd fait alors vibrer le sol légèrement et un des porteurs s’approche, encore chargé et sans dire un seul mot. Le visage de l’homme passe alors par une multitude d’émotions : la terreur, l’étonnement, l’incompréhension puis l’accablement.


- Milles excuses à nouveau ! Bien sûr, nous avons peu de dragons qui viennent par ici mais nous avons des logements rudimentaires pour vous, qui servent aussi de dépôts de marchandises. Ils sont au pied de la falaise, face à l’est, vous ne pouvez les rater ! C’est que je….


Il est stoppé net par Nuiraldem qui souffle légèrement, recule vers les porteurs, leur confie les chargements qu’il avait enduré pour les soulager et revient ensuite vers nous avant de passer sous sa forme bipède* et de prendre mon sac de mes épaules, le tenant facilement hors de ma portée avant d’ajouter :


- Je vais libérer de la place pour mes semblables ne vous inquiétez pas, je logerai avec ma collègue.


Il n’y a sans doute aucun moyen de décrire correctement ce qui se passa ensuite mais je vais essayer tout de même : notre expédition regarde avec étonnement mon compagnon qui a pris cette forme pour la première fois devant eux et qui n’est pas très courante, l’homme qui nous accueille est au bord de l’évanouissement et je sautille pour tenter d’atteindre mon sac en proférant une série de phrases injurieuses et incompréhensibles en demandant qu’il arrête de faire son intéressant alors qu’il sourit de tous ses crocs, malicieux et satisfait. Après l’avoir mis à terre et récupéré mon sac, je m’adresse à nouveau à notre hôte alors que mon ami se relève en grommelant.


- On va faire comme il a dit je crois. Merci de nous montrer la voie.


Les dragons décollent pour rejoindre leur quartier improvisé et notre hôte (dont j’ignore toujours le nom) nous emmène encore plus au bord de la falaise, où un escalier commence à se profiler le long de la paroi. Nuiraldem m’emboîte le pas et les autres membres humanoïdes du groupe le suivent prudemment, quelques mètres en retrait. Juste avant de descendre, je lève les yeux vers l’horizon :


Devant moi s’étend une mer d’un bleu que je n’avais jamais vu, oscillant entre les cyans, les turquoises, les outre-mer, les délavés ou même certains violets. Des poissons (ou ce qui y ressemble beaucoup) de la taille de navires vont et viennent au large, perçant parfois la surface pour prendre de la vitesse. Plus proche de la côte, en dessous de nous, s’étendent des strates successives de sables blanc, beige et noir. Finalement, au loin, j’aperçois de minuscules points blancs qui semblent se déplacer à la surface de l’eau.


- Oui, c’est beau.


Je me retourne vivement alors que j’intercepte le regard de mon compagnon qui revient sur les marches pour éviter de se vautrer et de nous envoyer au pied de la falaise. Je lui connais une aversion terrible pour tout ce qui est aqueux, l’entendre dire ça relève donc du miracle. Je lui jette un petit regard étonné alors qu’il m’enjoint à avancer d’un petit coup de tête vers le haut. Je lui demande tout en descendant :


- Dis ? Tu loges avec moi pour éviter d’être proche de la flotte hein ?


Je me prends une petite gifle à l’arrière de la tête accompagné d’un « sale gosse » à peine chuchoté et j'accélère en rigolant.


Fin Etape 1


*Pour vous aider à la représenter (et pour éviter tout malentendu) voici à quoi cela ressemble:


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