Le renouveau de "Zénith Noir" !


Chers lecteurs et lectrices,



Je viens aujourd'hui vous parler de l'un de mes romans en cours d'écriture : Zénith Noir.

(Si vous n'avez pas encore lu les trois premiers chapitres, vous les trouverez ici).


Comme vous le savez peut-être, ces trois chapitres ne sont qu'une première version du roman, et ne figureront pas dans la version finale. J'ai pour autant décidé d'en garder la trace.

Zénith Noir est donc amené à prendre une nouvelle direction, et je vous en expose ici les ressorts, à travers un condensé du cahier des charges que j'utilise aujourd'hui comme appui dans ce projet.

Je souhaite ainsi vous dévoiler un aspect du travail d'écrivain et de la création littéraire, tout en vous expliquant le changement à venir pour ce roman.

Enfin, vous pourrez découvrir le premier chapitre de la nouvelle version à la fin.


Bonne lecture !





Le contexte de création :



Zénith Noir est né de l'écoute au réveil d'une musique de la renaissance illustrée par le tableau :


Guidoriccio da Fogliano all'assedio di Montemassi, de Simone Martini, (1328)📷




Ce tableau a fait naître dans mon esprit les prémices de cette fiction, qui s'est très rapidement reconnectée aux événements préexistants de la saga, et qui s'est ensuite croisée avec mes souvenirs de l'événement historique du massacre de Münster.


L'histoire est initialement courte (cette longueur reste d'actualité) et constituée de seulement cinq chapitres (dont 3 partiellement écrits, déjà présents sur le site), comme autant de parties dans le récit et d'étapes dans l'aventure de Médès :


1- Scène d'exposition dans un monde dystopique, présentation du personnage qui en fait les frais.


2- Progression dans le doute après le refus, quête d'une «nouvelle vision du monde».


3- Découverte de la vérité et de ses gardiens : révélations du passés et questionnements. Transgression qui mène à leur punition.


Récit court, se voulant dérangeant, comme la plainte brève et étouffée d'un passé qu'écrase un futur violent et implacable.

L'écriture se voulait exagérée pour donner à l'oeuvre son ton irréaliste, troublant, sombre.


Après mûres réflexions, il a été choisi d'en revoir totalement la forme et d'en améliorer le fond, pour convenir bien davantage aux objectifs fixés.




Les changements :


Zénith Noir doit revoir sa forme et devenir davantage un roman épistolaire, c’est-à-dire les carnets de pensée des deux protagonistes principaux.

De fait, puisqu’il s’agira de l’expression la plus intime du protagoniste, toute l’intrigue ne nous sera révélée qu’à travers ses souvenirs altérables et sa subjectivité. Cela permet aussi d’observer un changement de vision, d’opinion, une écriture très subjective et entachée des émotions et questionnements du narrateur.



A noter l'ajout notable d'une deuxième fiction (celle d'Eilékois) qui vient s'ajouter à la précédente (celle de Médès) et qui constituera la deuxième partie du roman, bien qu'elle se déroule dans un cadre spatio-temporel complètement différente. Néanmoins, on y retrouve des liens (les deux histoires parlent de deux branches d'une même famille, les Hietus-Egusten) et les mêmes thèmes sont abordés, sous un prisme différent.

Zenith Noir, c'est donc deux histoires regroupées sous un même titre. Au centre se trouvera retranscrit le Chant de l’Aegiderokron, composé par le personnage de “Jhen Jursson”, et que Médès se devait de transmettre.



Raconter l’univers de Zenith Noir par la bouche et les yeux de ces protagonistes, c’est réduire la distance entre le lecteur et les événements, l’horreur de ce monde sans espoir ni pitié.

Il faut donc un roman sous forme d’entrées journalières aléatoires, en fonction des événements majeurs qui composent l’intrigue et les réflexions de Médès et d'Eilékois.



Enfin, il faut apporter au roman une dimension philosophique en abordant des notions adjointes à la situation de l’intrigue, et sur lesquelles l’auteur, à travers différents personnages et en fonction du cas de figure sous laquelle elle se présente, délivrera un jugement. Créer un univers et une ambiance malsaine, c’est-à-dire entre fascination et répulsion, environnement qui troublera et choquera progressivement Médès, au fur et à mesure que son indifférence (seule arme de la conscience dans un tel environnement) laissera place à la lucidité. Ainsi, indirectement seront présentés certains mécanismes absurdes et naturels de l’homme, comme les armes qu’il déploie face à certaines situations, par exemple le rire face à la vérité.




Les contraintes :


Il est question de s’essayer à une forme d’écriture inédite et réservée à ce projet, dans le but de produire avec plus d’efficacité, mais surtout plus d’authenticité.

Zénith Noir doit être un récit court, bref, et son rythme fluctuant doit être maîtrisé pour garder un certain équilibre et de la fluidité. La rapidité du récit, son oralité et son format journalistique doivent tout de même permettre le temps de la réflexion (thèmes centraux), de la contemplation (horreur et dystopie), c’est-à-dire des temps plus longs que ceux de l’action (scènes épiques) et de l’émotion (expression directe du protagoniste).

De plus, ces restrictions de formes ne doivent en rien diminuer le fond, dégrader la narration et fragiliser l’intrigue.




Thèmes principaux :


- Dystopie et critique sociétale (dictature et propagande VS soumission du peuple)

- Notions en lien (mémoire, vérité, liberté, etc)

- Prise de position de Médès : l’ambiguïté d’un choix

- Univers malsain, confusion entre l’espoir et le désespoir : c'est le pôle obscur de la saga


Voilà, vous avez désormais un aperçu de ce que sera Zénith Noir : deux récits épistolaires, un monde dystopique, des réflexion et une pointe de philosophie.




Voici l'incipit de "Médès du Couchant" :



En l’an 1217 de l’Empire du Soleil,

Deux cent sixième jour,



Réflexions privées et primaires :




Qu’est-ce que la pensée ?                                                       C’est l’Homme qui s’évade.

 

Quoi d’autre ?                                                                 C’est l’Homme qui veut se faire                                                                                            Dieu, en accédant ainsi aux strates supérieures de l’Immatériel.



Par conséquent, la pensée est illégale, en cela qu’elle est invisible, insaisissable, incontrôlable, qu’elle est arrogance et orgueil, et dont l’existence même peut être remise en question. 

J’ai vu tant d’oeils et tant de bouches s’agiter, mais jamais je n’ai pu observer l’artifice secret à l’oeuvre, caché derrière. Difficile de croire que tout est soumis à notre pensée et notre volonté individuelle. Nous sommes des animaux, régis par notre monde, ses lois, sa Nature.


Qui donc peut affirmer et prouver qu’il pense ? 


Ou plutôt, qui peut dire “Je pense”, sans mentir, ni même avouer “Je suis fou” ?  



Et pourtant, moi, je pense. 

Jamais je n’ai souhaité souffrir de cette malédiction.



Le doute a pris possession de mon être, comme un flot boueux envahissant chaque ruelle de mon esprit pour y laisser sa marque indélébile. 

Le doute est une émotion terrible, immense et dangereuse, qui vous submerge et se glisse derrière toutes vos actions. 

C’est une maladie qui vous ronge, un désir irrépressible : car pour guérir du doute, il faut le combler. 

Le doute ne s’arrête que lorsqu’il rencontre un mur qu’il ne peut surmonter, une vérité inébranlable et irréfutable. 

Mais tant que cette vérité demeure dissimulée, nous sommes la proie du doute.

Seule la foi nous donne la force de lutter, nous emplit le cœur de courage et nous guide vers la Vérité.

J’ai foi, je suis un citoyen modèle qui prie souvent. 



Qui suis-je ?


De cela, au moins, je suis certain. Je me nomme Médès Hietus-Egusten, et je suis le fils d’un riche marchand. Ma famille a été anoblie après avoir fait fortune dans le négoce. Les miens ont toujours su se placer dans une réserve et un mutisme respectueux, louable et confortable, s’attirant ainsi les bonnes grâces et préservant notre statut auprès de l’Empereur. Mais ce n’est pas mon cas. 


Quoi d’autre ?


Je suis un Prévôt du Soleil, à la tête d’un groupe de quatre pénitents. Nous arpentons les routes de l’Empire et collectons à tout venant les saintes oboles, afin de veiller à ce que chaque citoyen accomplisse son devoir spirituel. Si l’un d’entre eux ne paye pas, nous avons le devoir de le punir : pénitence obligatoire, pilori, flagellation en place publique, ou mise à mort.  

Je suis un jeune homme ayant grandi dans la foi, le respect et l’admiration du Saint Soleil. Mon rôle est de guider les ouailles, comme un berger garde ses brebis dans la bergerie, pour éviter qu’en s’aventurant dehors, l’une d’elles ne rencontre le loup.


De même, je garde et préserve mes pensées fermement, jalousement, dans ce petit carnet de cuir dont j’ai récemment fait l’acquisition. 

Ces pensées, je les cache, car j’en ai honte : depuis quelques temps, j’ai l’impression de n’être plus moi-même qu’une brebis.


Et comme la brebis, je suis faible, stupide, soumis au danger. Comme elle, je ne suis qu’instinct de survie et de crainte, sachant le loup rôdant, sans pour autant pouvoir le voir. Je sais que je suis proie, et que le danger existe, ici, là, partout, incertain mais présent. La menace persiste. Et si l’idée du péril germe inconsciemment dans mon esprit, c’est bien parce que je doute, c’est bien parce que je pense. 

Or c’est finalement le doute qui guide mes pas, la pensée m’entraîne sur les chemins, et je me sens tomber dans un gouffre, un gouffre dont je ne vois pas le bout...un gouffre, dont je peine à distinguer, désormais, l’entrée. 


C’est la raison pour laquelle j’écris, cristallisant mes pensées pour essayer d’y trouver raison, et empêcher mon esprit de s’enfoncer plus avant dans les limbes.



C’est peut-être cela, qu’on appelle “Folie”.



Voici l'incipit de " Eilékoïs du Levant " :


Où en sommes nous ?


"Quand tout s'abat, que tout s'effondre et qu'il ne reste plus rien, c'est bien pour nous laisser la chance de se montrer grand. Rien ne nous prépare à la fin. C'est en voyant ce qu'on a laissé derrière nous que l'on comprend enfin."


C'est ce qu'il disait. Il y a longtemps. Avant tout ça. Et c'est probablement pour cela que j'ai accepté. C'est aussi parce que j'ai été touché d'avoir été choisi, qu'il m'ait choisi, dans ses derniers instants, dans la folie. Nous avions été de bons amis. Mais jamais je ne fus aussi proche de lui que l'était Jhen, ou Eldrya. Mais il m'a choisi. Alors pour lui faire honneur aussi, j'ai accepté.


Et surtout, parce qu'il le fallait. Aujourd'hui, au moment où j'écris ces mots, moi, Bartimanès Altibaël Hietus-Egusten, et quelques membres de ma famille et amis, voguons sur la Grande Mer.

Nous voguons vers l'inconnu, mais l'inconnu vaut mieux que ce que nous fuyons. J'ai accepté le plus lourd des fardeaux : c'est sur mes épaules que réside sûrement, maintenant, tout l'avenir d'Urasthel.



Nous sommes au cent-soixante troisième jour d'Humilité, de la vingtième année de l'Aegiderokron.

© 2023 by Kaegor de Rion.