Le chant des Chimères (extrait)

Je vous livre ici les premières lignes de ma nouvelle Le Chant des Chimères. Extrait inédit lisible uniquement ici, en exclusivité pour Skriptö.


Elle s’avançait, d’un pas incertain, à travers la foule des bêtes aux regards fous. Elle, la chimère des marais, qui de sa vie n’avait connu que le demi-jour du dessous de la mer de feuillage avait dû quitter ses terres pour la vallée interdite. Bien avant l’aube elle avait entendu l’appel de ses sœurs, avait entendu la mélancolie des chimères. La plainte, lancinante et grave, lui déchirait le cœur. Elle n’était d’entre elles ni la plus grande ni la plus forte. Des arcanes et des choses de magie elle ne savait rien. Des sortilèges et des rituels elle demeurait ignorante, ne possédait la sagesse des ancêtres ni la bravoure des guerrières mais c’était pourtant son nom qui avait retentit dans les ombres d’une nuit sans lunes.

Et Nefaris avait répondu à l’appel. Elle, la fille des marécages et des bourbiers, elle aux ailes courtes, aux pelages gris bleuté, au corps et à la face de hyène douce, aux pattes pareilles aux serres des rapaces, à la queue simiesque, gravissait les racines du banian, lacérait le bois, bondissait avec agilité pour s’en aller respirer un air qui, sous le faix de la volonté de ses sœurs, lui manquait. Elle hâtait son pas, bondissait de seigneur vert en seigneur vert. D’un battement d’aile, d’un mouvement de sa queue elle se rétablissait lorsque les mousses la poussaient à la chute. D’un mouvement de la tête dégageait de devant ses yeux les dernières feuilles des frondaisons. Et les souffles de la nuit lui emplit les poumons d’un air nouveau.

Les premiers vents lui rendaient la hardiesse et la force. La beauté des astres au dessus d’elle pâlissait. De lourds nuages s’amoncelaient, prélude aux colères du ciel. Bientôt les feux d’azur déchireraient la nuit, révéleraient les ombres acérées des montagnes. Bientôt la pluie inonderait ces terres, ferait rouler sur son pelage ses milliers de gouttes cristallines, emporteraient les sangs qui tachaient encore sa toison. Elle aimait cela. Alors, sans crainte des tempêtes, imitant le mugissement des vents elle attendit, regardant vers le levant septentrional, les silhouettes à peine esquissées de ce tombeau où elles voulaient l’envoyer.


#nouvelle #shortstory #fantasy #chimera #beast #extrait

Posts récents

Voir tout

La chevaucheuse d'Ophax

Voici chers lecteurs un extrait totalement inédit de cette nouvelle qui vous contera comment une femme, sauvage et libre, libéra les terres des marais de la malveillance et de la vilénie de chasseurs

© 2023 by Kaegor de Rion.